Les enjeux économiques et réglementaires de la décarbonation

Dans ce nouvel épisode du podcast de l’industrie aéronautique francophone, Jean-Raphaël Drahi explore les complexités de la transition écologique du secteur aérien. Pascal de Izagirre, président de la FNAM et PDG de Corsair, ouvre le débat en soulignant l’importance d’un cadre réglementaire mondial pour éviter les distorsions de concurrence. Il met en avant les efforts des compagnies françaises, notamment via la modernisation de leurs flottes, tout en plaidant pour une régulation unifiée sous l’égide de l’OACI. L’économiste Paul Chiambaretto, de la chaire Pégase, rappelle que la quête de performance environnementale n’est pas nouvelle ; elle est historiquement liée à l’impératif économique de réduire la consommation de carburant, qui représente jusqu’à 30 % des coûts d’une compagnie. Cet alignement des intérêts économiques et écologiques a été un moteur constant d’innovation pour des avions plus sobres.

La transition écologique du secteur aérien : innovations technologiques et défis opérationnels

La décarbonation ne se joue pas qu’en vol. Franck Goldnadel, président du directoire des Aéroports de la Côte d’Azur, détaille les initiatives au sol, comme l’électrification des véhicules de piste et l’utilisation de carburants alternatifs, qui contribuent à réduire l’empreinte carbone globale des opérations aéroportuaires. Chez les grands industriels, l’innovation bat son plein. Bruno Ficheux, d’Airbus, présente le projet d’avion à hydrogène, une ambition forte bien que son déploiement, initialement prévu pour 2035, soit conditionné par la maturité de l’écosystème hydrogène. Chez Safran, Delphine Bijou expose les avancées du programme RISE, un moteur open fan révolutionnaire promettant une réduction de 20 % des émissions de CO2. Thales, par la voix de Denis Bonnet, se concentre sur l’intelligence embarquée et l’optimisation des trajectoires pour réduire les 10 % d’inefficacité du trafic aérien. Enfin, Jérémy Caussade, président d’Aura Aero, défend le réalisme de la propulsion hybride-électrique pour l’aviation régionale, un segment clé pour l’expérimentation de nouvelles technologies.

Modèles économiques et enjeux géopolitiques

Pour que cette transition technologique soit viable, elle doit s’appuyer sur un modèle économique solide. Anne Rigal, directrice générale d’Air France-KLM, explique que le renouvellement accéléré de la flotte avec des appareils comme les A220 et A350 est le premier levier de décarbonation, mais que son financement est menacé par une fiscalité excessive et des distorsions de concurrence. Pascal de Izagirre renchérit en identifiant trois freins majeurs : une taxation pénalisante, des tensions sur la chaîne d’approvisionnement et le coût prohibitif des carburants d’aviation durables (SAF). Sur le plan international, Michel Wachenheim, ancien ambassadeur auprès de l’OACI, rappelle que la décarbonation est aussi une bataille géopolitique. Sans un alignement diplomatique et des normes communes, les efforts européens pourraient être vains face à la compétition mondiale, notamment américaine et chinoise. Cette course à l’innovation pour un avion bas carbone est donc indissociable d’une lutte pour le leadership industriel et la souveraineté technologique.

Références de l’épisode

  • Personnes
    • Jean-Raphaël Drahi, Hôte du podcast
    • Pascal de Izagirre, Président de la FNAM et PDG de Corsair
    • Paul Chiambaretto, Économiste et directeur de la chaire Pégase
    • Franck Goldnadel, Président du directoire du groupe Aéroports de la Côte d’Azur
    • Anne Rigal, Directrice générale d’Air France-KLM
    • Bruno Ficheux, Responsable des programmes avion du futur chez Airbus
    • Delphine Bijou, Vice-présidente adjointe de l’ingénierie, moteur commercial et directrice de la marque technique du programme RISE chez Safran
    • Denis Bonnet, Vice-président recherche, technologie et innovation pour la division avionique chez Thales
    • Jérémy Caussade, Président d’Aura Aero
    • Michel Wachenheim, Ancien ambassadeur de France auprès de l’OACI
    • Bruno Soufflet, Président de l’Académie de l’air et de l’espace
  • Lieux
    • Aéroport de Nice
    • Istanbul
    • Europe
    • France
    • États-Unis
    • Chine

Sommaire de l’épisode

  • 00:01:10 – Le risque de distorsion de concurrence sans règles mondiales
  • 00:02:21 – Les motivations économiques derrière la réduction de l’empreinte environnementale
  • 00:03:27 – La décarbonation des opérations au sol et sur le tarmac
  • 00:04:54 – Comment financer la transition écologique face aux taxes et à la concurrence ?
  • 00:08:29 – Le projet d’avion à hydrogène d’Airbus : ambitions et défis
  • 00:12:47 – Le programme RISE de Safran : une rupture technologique pour les moteurs
  • 00:14:39 – Thales et l’optimisation des trajectoires pour réduire les inefficacités
  • 00:15:54 – Aura Aero et la place de la propulsion hybride-électrique dans l’aviation régionale
  • 00:18:37 – Le renouvellement de flotte, premier levier de décarbonation chez Air France
  • 00:20:08 – Les trois freins à la transition : fiscalité, chaîne d’approvisionnement et SAF
  • 00:24:34 – La dimension géopolitique de la décarbonation et le rôle de l’OACI
  • 00:31:59 – L’importance des projets emblématiques pour fédérer la filière

F.A.Q. de l’épisode

Quels sont les principaux freins à la transition écologique du secteur aérien ?

Selon Pascal de Izagirre, président de la FNAM, les trois freins majeurs sont un niveau de taxation trop élevé qui pénalise la capacité d’investissement des compagnies, les tensions sur la chaîne d’approvisionnement qui retardent la livraison d’avions neufs plus performants, et l’insuffisance de production ainsi que le coût très élevé des carburants d’aviation durables (SAF).

Comment Airbus avance-t-il sur l’avion à hydrogène ?

Airbus développe un avion zéro émission basé sur l’hydrogène, mais sa mise en service, initialement prévue pour 2035, pourrait être retardée de 5 à 10 ans. Ce décalage est dû au retard dans le développement de l’écosystème de production et de distribution d’hydrogène. L’entreprise met ce temps à profit pour développer des technologies encore plus performantes.

En quoi consiste le programme RISE de Safran pour l’industrie aéronautique ?

Le programme RISE de Safran est une rupture technologique majeure qui développe une architecture de moteur « open fan ». Cette conception vise à libérer le rendement propulsif pour atteindre une réduction de 20 % des émissions de CO2 par rapport aux moteurs actuels, un objectif clé dans la transition écologique du secteur aérien.

Quel est le rôle de la flotte dans la stratégie de décarbonation d’Air France ?

Le renouvellement de la flotte est le premier levier de décarbonation pour Air France. L’intégration d’avions de nouvelle génération, comme les Airbus A220 et A350, permet une réduction de 20 à 25 % des émissions de CO2 par vol et une diminution significative du bruit pour les riverains des aéroports.

Pourquoi la coopération internationale est-elle essentielle pour la décarbonation de l’aviation ?

D’après Michel Wachenheim, ancien ambassadeur auprès de l’OACI, le transport aérien repose sur des accords internationaux. Une politique de décarbonation ne peut être efficace que si elle est menée dans un cadre multilatéral, avec des règles et des procédures de certification communes, pour éviter de créer des distorsions de concurrence et d’entraver le trafic mondial.