Décarboner l’avion : un défi au cœur de l’industrie aéronautique

Alors que plus de 90 % des émissions du secteur aérien proviennent de la phase de vol, réinventer l’avion lui-même est devenu un impératif. Dans cet épisode du podcast de l’industrie aéronautique francophone, présenté par Jean-Raphaël DRAHI, nous explorons les pistes technologiques, les défis économiques et les transformations industrielles nécessaires pour faire émerger l’avion bas carbone. De la propulsion à l’hydrogène aux carburants durables, en passant par l’optimisation des trajectoires et le recyclage, les experts de la filière partagent leur vision. Michel Wacheheim, membre de l’Académie de l’air et de l’espace, rappelle d’abord l’ampleur du défi : le transport aérien représente entre 2,8 % et 3,5 % des émissions mondiales de CO2, un chiffre qui impose une action coordonnée et ambitieuse.

L’hydrogène, l’électrique et l’hybridation : les nouvelles frontières de la propulsion

La propulsion est au centre de toutes les attentions. Chez Airbus, l’hydrogène est une priorité stratégique, comme l’explique Bruno Ficheux, responsable du programme Zero E. L’avionneur se concentre sur une équation complexe alliant la maturité de la technologie, notamment la pile à combustible, le développement d’un écosystème de production et de distribution, et la validation d’un modèle économique viable pour les compagnies. Chez Safran, le programme de démonstration RISE, détaillé par Delphine Dix Jou, repose sur trois piliers : une architecture de moteur open fan, des matériaux composites avancés et l’hybridation électrique. Cette dernière est également au cœur des stratégies de start-ups innovantes comme Ascendance Flight Technology, dont le CEO Jean-Christophe Lemaire présente la technologie Eterna, ou Aura Aero, dont le co-fondateur Jérémy Caussade défend une vision pragmatique de l’électrification, la jugeant particulièrement adaptée à l’aviation régionale.

Au-delà du moteur : optimiser chaque phase du vol et du cycle de vie

La quête de sobriété ne se limite pas aux moteurs. Denis Bonnet, de Thales, met en lumière un levier souvent sous-estimé : l’optimisation des trajectoires. Grâce à des systèmes de gestion de vol (FMS) plus connectés et intelligents, il serait possible de réduire jusqu’à 10 % des émissions en évitant les routes non optimales. La décarbonation est un enjeu qui concerne l’ensemble de la chaîne de valeur. Anne Riga, directrice générale d’Air France, souligne que le renouvellement de la flotte est le premier levier d’action, un nouvel avion consommant 20 à 25 % de carburant en moins. Cette transformation s’étend jusqu’à la fin de vie des appareils, où des entreprises comme Tarmac Aerosave, représentée par Sébastien Danès, développent une véritable économie circulaire via le démantèlement et le recyclage des matériaux.

Quelles stratégies pour une transition industrielle et économique réussie ?

Les technologies pour l’avion bas carbone ne pourront se déployer sans un cadre économique et industriel adapté. Les aéroports eux-mêmes sont des acteurs clés de cette transition. Franck Goldnadel, président du directoire des Aéroports de la Côte d’Azur, détaille la feuille de route ambitieuse de l’aéroport de Nice pour atteindre la neutralité carbone de ses opérations au sol dès 2030, grâce à l’électricité verte et à l’électrification de sa flotte. Cependant, la réussite de cette transition globale dépend de la maturité des innovations, comme le rappelle Bruno Soufflet, président de l’Académie de l’air et de l’espace. Il insiste sur la nécessité de distinguer la maturité technologique de la maturité industrielle, opérationnelle et commerciale. Une vision partagée par Sébastien Jean de l’IFRI, qui souligne que l’incertitude géopolitique actuelle complexifie la mise en place de ces stratégies de long terme.

Références de l’épisode

  • Personnes
  • Jean-Raphaël DRAHI, Hôte du Podcast de l’Aviation
  • Michel WACHEHEIM, Ancien représentant permanent de la France à l’OACI, Membre de l’Académie de l’air et de l’espace
  • Bruno Ficheux, Responsable du programme Zero E, Airbus
  • Anne Riga, Directrice générale, Air France
  • Delphine Dix Jou, Vice-présidente Engineering & Stratégie Décarbonation, Safran
  • Jean-Christophe Lemaire, CEO et co-fondateur, Ascendance Flight Technology
  • Denis Bonnet, VP Research & Technology Avionics, Thales
  • Jérémy Caussade, Co-fondateur, Aura Aero
  • Sébastien Danès, Directeur Environnement, Santé et Sécurité, Tarmac Aerosave
  • Franck Goldnadel, Président du directoire, Aéroports de la Côte d’Azur
  • Sébastien Jean, Directeur de recherche, IFRI
  • Bruno Soufflet, Président, Académie de l’air et de l’espace
  • Lieux
  • Aéroport de Nice Côte d’Azur

Sommaire de l’épisode

  • 01:19 – Le poids réel de l’aviation dans les émissions mondiales de CO2
  • 02:48 – La stratégie hydrogène d’Airbus : écosystème, technologie et modèle économique
  • 05:50 – Les défis économiques de la décarbonation pour les compagnies aériennes
  • 08:03 – Le programme RISE de Safran : un démonstrateur technologique à trois piliers
  • 09:58 – L’industrialisation de la technologie hybride-électrique par Ascendance
  • 11:54 – L’optimisation des trajectoires de vol : le rôle de l’avionique chez Thales
  • 14:04 – La vision pragmatique de la propulsion électrique pour l’aviation régionale
  • 16:07 – Le renouvellement de la flotte, premier levier de décarbonation pour Air France
  • 18:16 – L’importance d’un marché viable pour accueillir les innovations technologiques
  • 19:52 – L’économie circulaire et le recyclage des avions chez Tarmac Aerosave
  • 21:43 – Comment les aéroports se transforment pour atteindre la neutralité carbone
  • 24:40 – Les incertitudes géopolitiques et leur impact sur la transition écologique
  • 27:02 – Comprendre les différents niveaux de maturité des nouvelles technologies

F.A.Q. de l’épisode

Quelle est la part réelle du transport aérien dans les émissions mondiales de CO2 ?

Selon Michel Wacheheim, le transport aérien est responsable d’environ 2,8 % des émissions mondiales de CO2. Ce chiffre pourrait atteindre jusqu’à 3,5 % en incluant certains impacts indirects, comme ceux des traînées de condensation, qui sont encore sujets à des incertitudes scientifiques.

Quelles sont les principales technologies pour l’avion bas carbone explorées dans ce podcast ?

Ce podcast de l’industrie aéronautique francophone explore plusieurs pistes : la propulsion à hydrogène via des piles à combustible (Airbus), les moteurs de nouvelle génération comme l’open fan (Safran), l’hybridation électrique (Ascendance, Aura Aero) et l’utilisation de carburants d’aviation durables (SAF).

Comment Airbus aborde-t-il le développement de l’avion à hydrogène ?

Bruno Ficheux explique qu’Airbus travaille sur trois volets interdépendants : la maturité de la technologie de la pile à combustible, la création d’un écosystème (production et distribution d’hydrogène dans les aéroports) et la démonstration de la viabilité économique du modèle pour les compagnies aériennes.

En quoi l’optimisation des trajectoires de vol contribue-t-elle à la décarbonation ?

Denis Bonnet de Thales explique que l’optimisation des trajectoires de vol, grâce à des systèmes de gestion de vol (FMS) plus connectés et intelligents, peut réduire la consommation de carburant de l’ordre de 10 % en évitant les routes non optimales, en choisissant les meilleures altitudes et en fluidifiant le trafic.

Quel est le levier de décarbonation le plus efficace à court terme pour une compagnie comme Air France ?

Pour Anne Riga, directrice générale d’Air France, le levier le plus puissant et immédiat est le renouvellement de la flotte. Un avion de nouvelle génération émet 20 à 25 % de CO2 en moins, réduit les nuisances sonores de 30 à 50 % et diminue les coûts unitaires de 10 %.

Comment les aéroports participent-ils à la transition écologique de l’aviation ?

Les aéroports, à l’image de celui de Nice Côte d’Azur, visent la neutralité carbone pour leurs propres opérations. Franck Goldnadel détaille les actions mises en place : passage à l’électricité verte, électrification de la flotte de véhicules au sol et utilisation d’énergies renouvelables pour le chauffage et la climatisation des terminaux.