Yannick Assouad : Une carrière aéronautique primée et une vision pour l’avenir

Dans cet épisode exceptionnel du Podcast de l’Aviation, Jean-Raphaël DRAHI reçoit Yannick Assouad, lauréate du Grand Prix Femme de l’Année lors de la première édition du Prix Femmes de l’Aéro et du Spatial, organisé par le GIFAS et Le Journal de l’Aviation. Ce prix représente pour elle un grand honneur personnel et une reconnaissance professionnelle d’une carrière de quarante ans entièrement dédiée à l’aéronautique. Yannick Assouad souligne également que cette distinction récompense son implication récente en tant que présidente du Comité d’orientation pour la recherche de l’aéronautique civile (Corac), où elle œuvre à l’élaboration de l’aviation de demain : un avion plus décarboné, connecté et sécurisé. Elle insiste sur le rôle crucial de la diversité pour l’innovation, indispensable pour créer l’avion du futur et maintenir le leadership mondial de l’Europe dans l’industrie aéronautique.

Les défis de la carrière aéronautique : résilience et rebonds

Au cours de sa longue carrière, Yannick Assouad a fait face à des défis déterminants, la passion étant le fil rouge de son parcours. Cependant, elle n’a pas toujours connu que des succès. Elle évoque avec franchise des échecs, notamment deux licenciements. Le premier, en 2002, fut difficile à surmonter après des années de carrière continue. Le plus récent et marquant est survenu en mars 2020, à 60 ans, en plein confinement. Malgré les incitations de son entourage à envisager une carrière de non-exécutive et la pleine conscience des impacts de la crise sanitaire sur l’aviation, Yannick Assouad a choisi de rebondir, retrouvant un emploi seulement deux mois plus tard. Cette capacité à se relever et à persévérer est un témoignage puissant de sa résilience et de sa détermination, qui inspire bien au-delà de la carrière aéronautique et l’innovation féminine.

Innovation et disruption : façonner l’industrie aéronautique

Yannick Assouad revient sur une décision structurante de sa carrière qui a eu un impact majeur sur le marché des équipementiers aéronautiques. Alors qu’elle était à la tête de Zodiac Systems, elle a proposé de créer une nouvelle activité de divertissement à bord (In-Flight Entertainment Systems – IFE), afin de devenir le troisième acteur mondial face à un duopole existant. Partant de rien, cette initiative a permis à Zodiac de devenir un concurrent sérieux, voire le deuxième à un moment donné. Elle confie avec une certaine ironie du sort qu’elle se retrouve aujourd’hui à la tête de Thales Avionique, dont l’une des activités est de combattre la concurrence qu’elle a elle-même créée chez Zodiac. Cette démarche disruptive est, selon elle, essentielle pour faire progresser techniquement les métiers de l’aéronautique.

L’avion du futur : connectivité et décarbonation dans l’industrie aéronautique

Concentrée sur l’avionique, Yannick Assouad anticipe des sauts technologiques majeurs. Elle est convaincue que la rupture principale viendra de la connectivité avec l’Air Traffic Management (ATM). Actuellement basée sur des échanges vocaux entre contrôleurs et pilotes, cette connectivité devrait évoluer vers des échanges digitaux. Bien que la commande directe des systèmes critiques par ce lien digital ne soit pas envisagée dans un premier temps en raison des enjeux de cybersécurité, l’augmentation des flux d’échanges numériques contribuera à des opérations plus fluides et optimisées. Surtout, elle permettra d’améliorer considérablement la sécurité aérienne, notamment dans les zones à fort trafic autour des aéroports, souvent accidentogènes. Cette digitalisation, couplée à une robustesse accrue des systèmes de cybersécurité, est la clé pour une aviation plus sûre et décarbonée.

Souveraineté et investissement de l’État pour un podcast industrie aéronautique francophone

Face à un secteur aéronautique mondialisé et ultra-concurrentiel, Yannick Assouad insiste sur la nécessité pour la France et l’Europe d’investir massivement dans les technologies futures. Elle explique qu’aucun investisseur privé ne s’engagera sur des technologies nécessitant 15 à 20 ans de maturation avant la production en série, un rythme incompatible avec la finance actuelle. Pour elle, la collaboration entre l’industrie et l’État, en tant qu’« investisseur patient », est la clé pour maintenir le leadership mondial acquis par la France et l’Europe en matière d’aviation civile. Son rôle de présidente du comité de pilotage du Corac vise à convaincre les politiques de l’importance d’investir dans l’innovation pour les emplois futurs, la croissance économique et, plus largement, la paix et le rapprochement des civilisations, des thèmes essentiels pour tout podcast industrie aéronautique francophone.

Oser dans l’aéronautique : le message aux jeunes femmes

Pour conclure cet échange inspirant, Yannick Assouad transmet un message fort aux jeunes générations, et particulièrement aux jeunes femmes qui souhaitent s’orienter vers l’aéronautique et faire avancer la carrière aéronautique et l’innovation féminine. Son mot d’ordre est « Osez ! » Elle les encourage à suivre leurs passions, leur cœur, et à ne pas s’imposer de barrières imaginaires. Bien qu’elle reconnaisse l’existence des « plafonds de verre » qu’elle a elle-même rencontrés, elle affirme qu’ils sont là pour être dépassés. Elle constate une évolution positive : les grandes entreprises offrent aujourd’hui un environnement propice à l’épanouissement des femmes, y compris dans les domaines techniques et de management. Elle souligne que les entreprises ont compris la nécessité de soutenir les femmes qui ont des carrières interrompues pour la maternité, en leur offrant le temps de s’accomplir professionnellement. Yannick Assouad est convaincue que les freins sont désormais plus sociétaux et que les femmes ont la capacité de tout faire dans cette industrie passionnante, sans limites.

Références de l’épisode

  • Personnes
    • Yannick Assouad : Directrice Générale Adjointe Avionique chez Thales, Femme de l’Année
    • Olivier à Roissy : ancien patron de Zodiac
  • Organisations et entreprises
    • GIFAS
    • Journal de l’Aviation
    • Thales (Thales Avionique)
    • Zodiac (Zodiac Systems)
    • Aerospace
    • Latécoère
    • Airbus
    • Boeing
    • Fist Insight Entertainment Systems
  • Lieux
    • Nice
    • Washington
    • France
    • Europe
    • Europe occidentale
  • Événements et initiatives
    • Prix Femmes de l’Aéro et du Spatial
    • Comité d’orientation pour la recherche de l’aéronautique civile (Corac ou Cora quinze)

Sommaire de l’épisode

  • 00:00:20:21 – Le Prix Femme de l’Année : Honneur personnel et consécration professionnelle
  • 00:02:43:14 – Les défis déterminants : Rebondir après les échecs (licenciement à 60 ans)
  • 00:05:00:00 – La décision la plus structurante : Création du divertissement à bord (IFE) chez Zodiac
  • 00:07:27:04 – Le saut technologique majeur : La connectivité digitale pour un ciel plus sûr et décarboné
  • 00:10:43:19 – Le rôle de la France et l’Europe : L’État investisseur patient pour l’innovation
  • 00:13:18:12 – Message aux jeunes femmes : Osez et dépassez les plafonds de verre

F.A.Q. de l’épisode

Qu’est-ce que le Prix Femme de l’Année représente pour Yannick Assouad, figure de la carrière aéronautique innovation féminine ?

Pour Yannick Assouad, lauréate de la première édition du Prix Femmes de l’Aéro et du Spatial, cette distinction est un grand honneur personnel et une consécration professionnelle après quarante ans consacrés à l’aéronautique. Elle y voit aussi la reconnaissance de son engagement pour l’aviation du futur, plus décarbonée et connectée, et pour l’importance de la diversité dans l’innovation.

Comment Yannick Assouad a-t-elle géré un licenciement à 60 ans en pleine crise COVID ?

Yannick Assouad a fait preuve d’une grande résilience. Licenciée à 60 ans en mars 2020, en plein confinement, elle a refusé de s’arrêter malgré les conseils de son entourage. Consciente de l’impact sur l’aviation, elle a rebondi et retrouvé un emploi seulement deux mois plus tard.

Quel a été le rôle de Yannick Assouad dans la création de l’offre de divertissement à bord (IFE) chez Zodiac ?

Alors qu’elle était patronne de Zodiac Systems, Yannick Assouad a proposé à son directeur, Olivier à Roissy, de créer une nouvelle activité de divertissement à bord (IFE), visant à devenir le troisième acteur mondial face aux deux géants du secteur. Elle a monté cette activité de toutes pièces, qui a connu un grand succès et a pris des parts de marché à Thales.

Quelle est la vision de Yannick Assouad pour l’avion du futur et l’industrie aéronautique francophone ?

Yannick Assouad anticipe un saut technologique majeur grâce à la connectivité digitale avec l’Air Traffic Management (ATM). Cette rupture, selon elle, optimisera les opérations, augmentera la sécurité aérienne et contribuera à la décarbonation, des sujets clés pour l’industrie aéronautique francophone.

Pourquoi Yannick Assouad plaide-t-elle pour un soutien étatique à l’innovation dans l’aéronautique ?

Yannick Assouad est convaincue que l’État doit agir comme un « investisseur patient » dans l’industrie aéronautique. Elle estime que les délais de maturation des technologies (15 à 20 ans) sont trop longs pour l’investissement privé. Ce soutien est essentiel pour conserver le leadership mondial de la France et de l’Europe dans ce secteur vital pour l’emploi et la croissance.

Quel message Yannick Assouad adresse-t-elle aux jeunes femmes désirant intégrer l’aéronautique ?

Yannick Assouad les encourage à « Oser » suivre leurs passions et à ne pas se mettre de limites imaginaires. Elle reconnaît l’existence des plafonds de verre mais insiste sur le fait qu’ils sont faits pour être dépassés, et que l’environnement des grandes entreprises est de plus en plus propice à la carrière aéronautique et l’innovation féminine, y compris en tenant compte de la maternité.