Un engagement militaire né d’un rêve d’enfant
Invité par Jean-Raphaël DRAHI, Patrick Lecuppre revient sur les origines de sa vocation. Engagé à 18 ans en 1982 à l’École nationale des sous-officiers d’active de Saint-Maixent, il réalise un rêve de gosse, nourri par les récits de son arrière-grand-père, ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Si ce choix de carrière n’a pas initialement reçu l’approbation de son père, qui gardait un mauvais souvenir de son service militaire, la détermination de Patrick était sans faille. La formation initiale, particulièrement exigeante, fut une épreuve, mais un stage en corps de troupe a confirmé sa conviction : il était fait pour ce métier. La visite de ses parents lors du baptême de promotion a finalement scellé la réconciliation familiale, son père comprenant alors que l’armée avait évolué et que l’engagement de son fils était une véritable vocation.
Une carrière militaire et une reconversion ONaCVG exemplaires
Le parcours de Patrick Lecuppre s’étend sur 42 années, mêlant service actif, réserve opérationnelle et engagement civil. Après sa formation initiale, il sert dans les transmissions, notamment en Allemagne, avant de rejoindre les troupes aéroportées où il reste une dizaine d’années. Il quitte le service actif en 2002 avec le grade d’adjudant-chef. Naturellement, il bascule dans la réserve et gravit les échelons pour devenir officier, jusqu’au grade de chef de bataillon. Cette double vie lui permet de commander une escadrille de réserve et de repartir en mission au Mali en 2019 comme commandant d’unité. Cette riche expérience, du commandement de jeunes appelés à celui de réservistes hautement motivés, lui a offert des défis variés et des rencontres humaines inoubliables. Son parcours illustre une transition fluide et un besoin constant de servir, qui le mènera logiquement vers l’ONaCVG.
Des témoignages de vétérans OPEX poignants, du Golfe à Sarajevo
Patrick Lecuppre partage plusieurs de ses expériences en opérations extérieures, qui sont au cœur des témoignages de vétérans OPEX. Sa première mission, la guerre du Golfe en 1990, fut une véritable découverte, une aventure où l’inconscience de la jeunesse se mêlait à la tension des alertes aux missiles Scud, à quelques kilomètres de la frontière irakienne. Il évoque l’importance du lien avec la famille, radicalement transformé par la technologie. Autrefois, l’isolement était total, protégeant paradoxalement le militaire des soucis du quotidien mais rendant l’attente insoutenable pour les proches. Aujourd’hui, la communication permanente peut devenir une source de stress et perturber le militaire dans sa mission. Il souligne que chaque OPEX est unique, et que des missions comme celle à Sarajevo, où il a été témoin d’exactions sur des civils, laissent des traces profondes. Pour gérer la peur et la pression, il insiste sur le rôle de chef : se concentrer sur le bien-être et l’efficacité de ses subordonnés aide à surmonter ses propres angoisses.
De la réserve à l’ONaCVG : la poursuite d’un sacerdoce
Après 20 ans de service actif, quitter l’institution n’était pas une fin mais une transformation. La réserve opérationnelle a agi comme un sas de décompression, un pont entre le monde militaire et une vie civile aux codes très différents. Cet engagement continu a facilité sa transition. Son premier contact avec l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG) remonte à la réception de sa carte du combattant en 1995. Des années plus tard, cherchant à se reconvertir, il pousse la porte d’un établissement de l’ONaCVG à Metz, qui lui finance une formation pour préparer des concours administratifs. C’est ainsi qu’il intègre l’Office, d’abord comme agent de catégorie B, avant de gravir les échelons pour devenir directeur de service départemental. Pour lui, ce poste est le prolongement naturel de sa mission première : aider ses camarades, leurs veuves et leurs familles. Il perçoit l’ONaCVG comme « la maison des militaires », un soutien indéfectible pour ceux qui ont quitté l’uniforme.
Références de l’épisode
- Personnes
- Patrick Lecuppre : Invité, ancien militaire et directeur de l’ONaCVG en Haute-Savoie
- Jean-Raphaël Drahi : Hôte du podcast
- Lieutenant Fayel : Chef de section de Patrick à Saint-Maixent
- Monsieur Lecoq : Directeur de l’établissement de reconversion professionnelle de l’ONAC à Metz
- Lieux
- Annecy
- Haute-Savoie
- Saint-Maixent
- Allemagne
- Agen
- Mali
- Guerre du Golfe
- Arabie Saoudite
- Irak
- Sarajevo
- Kosovo
- Liban
- Tchad
- Metz
- Luxembourg
- Versailles
- Chambéry
- Paris
- Algérie
- Maroc
Sommaire de l’épisode
- 00:03:11:22 – Un engagement mu par un rêve d’enfant
- 00:06:11:19 – Un parcours de 42 ans entre armée d’active et réserve opérationnelle
- 00:12:40:17 – Le choix des parachutistes : la recherche du dépassement de soi
- 00:15:42:23 – Commander des réservistes : une expérience humaine et exigeante
- 00:19:39:20 – Récit de la première OPEX : la guerre du Golfe en 1990
- 00:23:07:08 – L’impact des missions sur les familles et l’évolution de la communication
- 00:28:08:22 – Gérer la peur et les missions psychologiquement difficiles comme Sarajevo
- 00:34:20:02 – La transition vers la réserve, une suite logique à l’engagement
- 00:39:10:09 – Le parcours au sein de l’ONaCVG : une autre façon de servir
- 00:48:14:04 – La mission de l’ONaCVG : être « la maison des militaires »
F.A.Q. de l’épisode
Pourquoi Patrick Lecuppre s’est-il engagé dans l’armée à 18 ans ?
Patrick Lecuppre s’est engagé à 18 ans par vocation, réalisant un rêve d’enfance. Il a été profondément inspiré par les histoires de son arrière-grand-père, ancien combattant de la guerre de 1914-1918, qui ont bercé sa jeunesse et forgé son désir de devenir soldat.
Quelles sont les principales opérations extérieures (OPEX) évoquées par Patrick Lecuppre ?
Au cours de sa carrière, Patrick Lecuppre a participé à une douzaine d’opérations. Il mentionne particulièrement sa première OPEX durant la guerre du Golfe en 1990, ainsi que des missions marquantes à Sarajevo, au Kosovo, au Mali, au Liban et au Tchad.
Comment le lien avec la famille a-t-il évolué pendant les témoignages de vétérans OPEX ?
Patrick explique que lors de ses premières missions, la communication était quasi inexistante, se limitant au courrier. Cela créait une déconnexion totale avec les problèmes du quotidien. Aujourd’hui, avec Internet, la communication est permanente, ce qui peut être un soutien mais aussi une source de stress et de distraction pour le militaire en mission.
Quelle est la différence entre commander une unité d’active et une unité de réserve ?
Selon Patrick, commander des réservistes est passionnant car leur engagement est volontaire et leur niveau de motivation très élevé ; ils viennent pour donner le meilleur d’eux-mêmes sur un temps limité. Le principal défi réside dans le commandement à distance, contrairement à une unité d’active où le chef a ses personnels sous la main au quotidien.
Quel est le parcours de Patrick dans sa carrière militaire et sa reconversion à l’ONaCVG ?
Après 20 ans dans l’armée d’active comme sous-officier, Patrick a poursuivi son engagement dans la réserve en devenant officier. Sa reconversion civile l’a mené à l’ONaCVG, d’abord comme bénéficiaire d’une formation, puis en tant que personnel, gravissant les échelons jusqu’à devenir directeur départemental.
Quelle est la mission principale de l’ONaCVG (Office national des combattants et des victimes de guerre) ?
D’après Patrick Lecuppre, la mission fondamentale de l’ONaCVG est d’être « la maison des militaires » après leur départ de l’institution. L’Office apporte un soutien concret aux ressortissants (anciens militaires, leurs veuves, leurs familles) en difficulté, que ce soit pour une aide financière, une reconversion professionnelle ou un accompagnement social.