Dans ce tout premier épisode de « Raconte-moi une OPEX », le podcast de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG), Jean-Raphaël Drahi invite l’adjudant-chef Benoît COUÉ à partager son expérience. Militaire engagé depuis 1993, l’adjudant-chef Benoît a servi dans les transmissions avant de rejoindre les actions civilo-militaires. Son parcours l’a mené sur de nombreux théâtres d’opérations, de la Bosnie au Mali, où il a malheureusement été gravement blessé. Aujourd’hui, face aux questions de jeunes lycéens et collégiens de Rezé, Chloé, Valentin, Arthur et Hugo, il livre un témoignage militaire blessé au combat d’une sincérité rare, abordant son engagement, les réalités des OPEX, sa blessure et son chemin vers la résilience, ainsi que le rôle de l’ONaCVG.

L’engagement : un choix de vie pour servir la France

Chloé initie le dialogue en interrogeant l’adjudant-chef Benoît sur les raisons de son engagement et la réaction de sa famille. Très jeune, l’idée de s’engager dans la gendarmerie ou l’armée était présente. Après s’être renseigné auprès des centres de recrutement de l’armée de l’air et de terre à Nantes, il passe un concours avant ses 17 ans pour l’École Nationale Technique des Sous-Officiers d’Active (ENTSOA) à Issoire en Auvergne, une école que son camarade avait également fréquentée. Sa famille, notamment sa mère, a été surprise par la rapidité de son départ après la réussite du concours, l’obligeant à quitter le cocon familial très jeune. Malgré un contexte international marqué par la Guerre du Golfe et les conflits dans les Balkans, la peur n’était pas son sentiment dominant à l’époque. Il était surtout motivé par l’envie de voyager, de « voir du pays » et de découvrir la structure de l’armée. L’adjudant-chef Benoît confirme qu’il est tout à fait possible de concilier vie militaire et vie de famille, soulignant les évolutions de l’armée, notamment avec le « Plan Famille » initié par la ministre Florence Parly. Il insiste sur l’importance du dialogue au sein du couple et avec les enfants. Son arrivée en caserne fut une découverte d’un cadre structuré, propre et organisé, qu’il a apprécié, lui qui n’était pas le meilleur des élèves. Cette rigueur l’a aidé à se construire. Sa spécialité au sein de l’armée de terre était les transmissions, plus précisément sur le système RITA, un réseau mobile de radiocommunication et d’information déployable sur le terrain.

Vivre les Opérations Extérieures : les réalités des vétérans OPEX

Arthur aborde ensuite le cœur des opérations extérieures de l’adjudant-chef. Sa première OPEX a lieu en 1998 en Bosnie-Herzégovine, près de Sarajevo, trois ans après son arrivée en régiment. Cette désignation fut très rapide, l’empêchant de prendre une permission prévue. Son départ fut marqué par une forte excitation, y voyant le cœur de son métier de militaire. La préparation personnelle fut simple, étant célibataire sans contraintes familiales. La préparation professionnelle, quant à elle, repose sur l’entraînement quotidien des militaires, incluant le tir et les aspects purement militaires, ainsi que la spécialisation. Pour Benoît, il s’agissait de son métier de transmetteur sur un point en altitude à Biella, au-dessus de Sarajevo. Il précise que ses départs rapides étaient exceptionnels, les départs étant généralement préparés en amont avec des formations spécifiques, incluant désormais le secourisme au combat et une connaissance culturelle approfondie du théâtre d’opération. Parmi ses souvenirs les plus marquants de ses missions, il évoque la première OPEX en Bosnie, où il a connu des conditions climatiques extrêmes avec des gelées dès fin août et des chutes de neige massives dès octobre, rendant le ravitaillement difficile et nécessitant l’utilisation de raquettes et skis peaux de phoque pour acheminer l’eau et la nourriture. Il garde également en mémoire la camaraderie de ces moments et l’ingéniosité nécessaire pour faire fondre la neige pour l’eau potable. Une autre anecdote concerne la foudre qui a frappé leur bâtiment, endommageant du matériel de transmission. Concernant la peur, il confie qu’elle est toujours présente, un sentiment normal face aux conflits où la situation peut dégénérer très rapidement. Enfin, il affirme que l’engagement pour servir la France et croire en son pays est fondamental pour un militaire et que ce sens du service perdure tout au long de sa vie.

Blessure au combat : un chemin de résilience

Valentin questionne l’adjudant-chef Benoît sur sa blessure. Il raconte les circonstances de cet événement lors de sa dernière opération extérieure, Barkhane, au Mali, à Tombouctou, le 14 avril 2018. Après une journée apparemment normale, le camp français a été attaqué en début d’après-midi par des roquettes et obus de mortier. Plus tard, des assaillants déguisés en soldats de l’ONU et de l’armée malienne ont lancé un assaut, utilisant notamment des voitures piégées. L’une d’elles a explosé à l’entrée du camp, le détruisant. C’est lors des échanges de tirs intenses avec ces combattants djihadistes, armés de kalachnikovs et de ceintures explosives, que Benoît a été touché d’une balle dans la jambe. Le témoignage militaire blessé au combat est direct et poignant. Sa prise en charge a été immédiate grâce au secourisme au combat appris à l’armée. Deux camarades de la Légion étrangère ont effectué un « pick and run » pour l’évacuer de la zone de feu. Malgré l’endommagement de l’infirmerie du camp par l’explosion, il a été pris en charge avec six autres blessés par le médecin-chef. L’évacuation sanitaire vers l’hôpital militaire de campagne de Gao par hélicoptère n’a pu avoir lieu qu’à 1h du matin en raison des combats. Après une première opération à Gao, il a été évacué vers la France, transitant par Niamey avant d’atterrir à Villacoublay et d’être transféré à l’hôpital militaire de Percy. Il mentionne qu’un autre blessé grave, un auxiliaire sanitaire de la Légion étrangère, a survécu malgré une blessure à la tête, témoignant des « miracles » de la médecine des armées. La rééducation fut un long processus, organisé par la Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre (CABA), qui a fêté ses 30 ans. Après son passage en chirurgie orthopédique à Percy, il a entamé sa rééducation en médecine physique et de réadaptation (MPR) à Percy puis à l’hôpital militaire de Lyon, étant affecté à proximité. Ses premières pensées furent la peur de l’amputation ou de ne plus pouvoir marcher. Le soutien des médecins, infirmiers et kinés, ainsi que sa référente de la CABA, a été crucial. Dès septembre 2018, il a participé à un stage de reconstruction par le sport à Bidart, le stage « Sport & Blessure », où il a tenté le surf. Aujourd’hui, bien qu’il ait perdu en mobilité et en force dans sa jambe droite, il a relevé le défi de recourir, une victoire personnelle qu’il attribue à son travail et son optimisme. Malgré la blessure, l’adjudant-chef Benoît a eu la chance de reprendre le service actif après un an. Il confirme que cette expérience l’a profondément transformé, lui faisant voir la vie « un petit peu autrement » et en profiter davantage, étant passé « si proche de la mort ».

L’ONACVG : soutien et reconnaissance des militaires combattants

Hugo conclut l’épisode en interrogeant l’adjudant-chef Benoît sur son statut de ressortissant de l’ONaCVG. Il précise que le terme « ancien combattant » ne se limite pas aux personnes âgées : un jeune militaire ayant servi en opérations extérieures est également considéré comme combattant et a droit aux titres de reconnaissance de la nation et à la carte du combattant, désormais appelée « carte du combattant » et non plus « carte des anciens combattants ». Tout militaire ayant servi un minimum de temps en OPEX, quelle que soit son armée (terre, air et espace, marine nationale, gendarmerie), a droit à cette reconnaissance. Bien qu’il dispose de ces titres et de son statut de blessé, l’adjudant-chef Benoît aura surtout accès aux services de l’ONaCVG une fois qu’il quittera le service actif. Actuellement, ses liens avec l’ONaCVG sont principalement professionnels, via son poste à la délégation militaire départementale. Il travaille régulièrement avec l’Office lors des commissions Solidarité et Mémoire, et collabore avec le directeur pour la préparation des cérémonies et le contact avec les associations d’anciens combattants du département. Il souligne que l’ONaCVG est un partenaire central et le point de ralliement pour toutes les associations d’anciens combattants, essentiel pour la partie mémorielle et les cérémonies commémoratives, qu’il s’agisse du 8 mai, du 14 juillet, du 11 novembre ou d’autres journées nationales.

Références de l’épisode

    Personnes

  • Benoît COUÉ (Adjudant-chef, militaire)
  • Jean-Raphaël DRAHI (Hôte)
  • Chloé (Lycéenne/Collégienne)
  • Valentin (Lycéen/Collégien)
  • Arthur (Lycéen/Collégien)
  • Hugo (Lycéen/Collégien)
  • Florence Parly (Ministre)
  • Œuvres

  • Plan Famille (Initiative gouvernementale)
  • RITA (Système radiocommunication information)
  • Opération Barkhane (Opération militaire française au Sahel)
  • Jeux Olympiques de 1984 (Hiver à Sarajevo)
  • CABA (Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre)
  • Sport & Blessure (Stage de reconstruction par le sport)
  • Lieux

  • Bosnie-Herzégovine
  • Kosovo
  • Tchad
  • Afghanistan
  • Liban
  • Centrafrique
  • Mali
  • Lyon (Ville française)
  • Loire-Atlantique (Département français)
  • Nantes (Ville française)
  • Issoire (Ville française)
  • Auvergne (Région française)
  • Golfe (Guerre du Golfe)
  • Balkans (Région géographique)
  • Sarajevo (Ville, Bosnie-Herzégovine)
  • Biella (Montagne près de Sarajevo)
  • Tombouctou (Ville, Mali)
  • Gao (Ville, Mali)
  • Niamey (Ville, Niger)
  • Paris (Ville française)
  • Villacoublay (Base aérienne, France)
  • Percy (Hôpital militaire, France)
  • Bidart (Ville française)

Sommaire de l’épisode

F.A.Q. de l’épisode

Comment se déroule l’engagement militaire pour un jeune ?

L’Adjudant-chef Benoît s’est engagé très jeune, avant ses 17 ans, après s’être renseigné auprès des centres de recrutement. Il a intégré l’École Nationale Technique des Sous-Officiers d’Active (ENTSOA) à Issoire, un choix rapide et motivé par l’envie de voyager et de découvrir un cadre structuré.

Quels sont les défis des premières opérations extérieures pour un vétéran OPEX ?

La première OPEX de l’Adjudant-chef Benoît en Bosnie-Herzégovine en 1998 a été marquée par une forte excitation mais aussi des défis importants. Il a dû faire face à des conditions climatiques extrêmes, avec des chutes de neige massives et des difficultés de ravitaillement, renforçant la camaraderie entre les militaires.

Comment l’adjudant-chef Benoît a-t-il été blessé au combat au Mali ?

L’Adjudant-chef Benoît a été blessé le 14 avril 2018 lors de l’opération Barkhane au Mali, à Tombouctou. Le camp français a été attaqué par des roquettes, puis des assaillants déguisés ont lancé un assaut avec des voitures piégées. Il a reçu une balle dans la jambe lors d’échanges de tirs intenses avec des combattants djihadistes.

Quelle prise en charge médicale est offerte aux militaires blessés en OPEX ?

Après sa blessure, l’Adjudant-chef Benoît a été pris en charge immédiatement par des camarades de la Légion étrangère, puis par le médecin-chef du camp. Il a ensuite été évacué par hélicoptère vers l’hôpital militaire de campagne de Gao pour une première opération, avant d’être rapatrié en France et soigné à l’hôpital militaire de Percy.

Comment se passe la rééducation après une blessure grave en opération ?

La rééducation de l’Adjudant-chef Benoît a été organisée par la Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre (CABA) après son passage en chirurgie orthopédique. Il a suivi des séances de médecine physique et de réadaptation (MPR) et a participé à des stages de reconstruction par le sport, comme le stage « Sport & Blessure » à Bidart, pour retrouver sa mobilité.

Quel est le rôle de l’ONACVG dans le soutien aux vétérans OPEX ?

L’ONaCVG joue un rôle crucial dans la reconnaissance et le soutien des militaires, y compris les jeunes vétérans OPEX qui ont droit à la carte du combattant. L’Adjudant-chef Benoît travaille en étroite collaboration avec l’Office pour les commissions Solidarité et Mémoire, et pour l’organisation des cérémonies commémoratives, agissant comme un point central pour les associations d’anciens combattants.