Dans ce nouvel épisode du podcast « Coopération », Jean-Raphaël DRAHI, notre hôte, nous emmène à Yaoundé, au Cameroun, pour rencontrer le Lieutenant-colonel Stephan LEPOURIEL. Sapeur-pompier de Paris, le Lieutenant-colonel Stéphan partage son expérience de coopérant militaire technique, un rôle essentiel pour la Direction de la Coopération de Sécurité et de Défense (DCSD) qui œuvre pour le renforcement des capacités des pays partenaires.
Un parcours riche au service de la sécurité civile et de la coopération
Le Lieutenant-colonel Stephan LEPOURIEL, avec une carrière de plus de 33 ans, a débuté comme simple soldat avant de devenir officier au sein de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Son parcours est marqué par des missions très opérationnelles, suivies de postes stratégiques en états-majors. Il a notamment été officier supérieur adjoint dans un groupement d’incendie, détaché à la Direction générale de la sécurité civile (DGSCD) pendant trois ans, chef de cabinet du général commandant la BSPP, et affecté à l’OTAN en Italie où il était en charge des partenariats militaires pour une quinzaine de pays méditerranéens. Cette diversité d’expériences, notamment son passage à l’OTAN et à la DGSCD, lui a permis de développer une compréhension approfondie des enjeux interministériels et internationaux, facilitant ainsi son rôle actuel de coopérant.
La mission du Lieutenant-colonel Stéphan : bâtir la protection civile camerounaise
Depuis septembre 2024, le Lieutenant-colonel Stéphan est affecté au Cameroun en tant que coopérant militaire technique. Sa mission est multiple : il est le correspondant principal pour la Direction de la Protection Civile (DPC) du Cameroun, rattachée au Ministère des Administrations Territoriales (Mina). Il y apporte son expertise pour la rédaction de lois et décrets, notamment pour harmoniser la gestion des crises entre la DPC et le Corps National des Sapeurs-Pompiers (CNSP). Il contribue également au soutien aux exportations, privilégiant les entreprises françaises, qu’il s’agisse de PME, PMI ou de grandes entreprises, afin de valoriser l’expertise française.
Un pilier de cette mission est le projet De Sautel, initié il y a plus de dix ans et aujourd’hui en phase de déploiement. Financé par le Trésor français à hauteur de plus de 50 millions d’euros, ce projet vise la fourniture et le déploiement de 227 véhicules d’intervention de sapeurs-pompiers de tout type. L’objectif est clair : développer la réponse de protection civile sur le territoire, implanter durablement la Direction de la Protection Civile dans le paysage politique camerounais, et positionner la protection civile camerounaise comme un acteur majeur de la résilience de la population face aux risques et menaces sécuritaires.
Formation et défis de la coopération défense sécurité internationale
Le Lieutenant-colonel Stéphan joue un rôle central dans la formation des personnels du Corps National des Sapeurs-Pompiers camerounais. Il assure la mise en œuvre de formations cohérentes, adaptées aux besoins locaux, aux enjeux et aux risques identifiés au Cameroun. Pour ce faire, il s’appuie sur la DCSD qui envoie des experts depuis la France. En 2023 et 2024, plus de 500 stagiaires ont déjà été formés, et une douzaine d’actions de formation sont programmées pour l’année en cours. Ces formations couvrent des domaines variés : utilisation des véhicules d’incendie et des ambulances de réanimation équipées, techniques nautiques, risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC), sécurité routière, lutte contre les feux de broussailles, gestion des inondations et médicalisation de l’avant.
Malgré ces avancées, des défis subsistent. Le premier concerne la disponibilité des cadres et formateurs. Le plus important est la pérennité et la préservation des compétences transmises. Le Corps National des Sapeurs-Pompiers du Cameroun est constitué de personnels issus de différentes forces armées (armée de l’air, terre, marine, gendarmerie) qui peuvent être réaffectés à leur corps d’origine. Pour garantir le maintien de ces compétences au sein du CNSP, le Lieutenant-colonel Stéphan travaille avec la DPC et le CNSP sur de nouveaux décrets visant à réorganiser les unités et les ressources humaines.
L’avenir de la protection civile camerounaise et le rôle de la France
De nombreux projets sont en gestation pour l’avenir de la protection civile au Cameroun. Parmi eux, le rétablissement d’un système de gestion des appels d’urgence (équivalent du 118 français), estimé à 15 millions d’euros, ainsi que le déploiement d’une chaîne de maintenance et de soutien logistique pour garantir l’autonomie du Cameroun dans l’entretien des équipements. D’autres initiatives incluent la défense extérieure contre l’incendie (déploiement de citernes et réservoirs d’eau) et la finalisation du décret d’organisation du Corps National des Sapeurs-Pompiers.
La France joue un rôle stratégique dans cette coopération défense sécurité internationale. Le partenariat se veut pérenne et innovant. L’entreprise De Sautel, par exemple, a prévu d’implanter une filiale à Yaoundé pour assurer la maintenance, la garantie et la fourniture de pièces de rechange pour les véhicules livrés. Cette approche assure un accompagnement sur le long terme et la pérennisation des investissements. L’objectif est de faire du Cameroun un modèle de protection civile en Afrique subsaharienne, ce qui représente un rapport « gagnant-gagnant » pour les deux pays.
L’adaptation culturelle : une clé de la coopération efficace
Le Lieutenant-colonel Stéphan souligne les différences opérationnelles et culturelles entre son expérience en France et au Cameroun. Le Corps National des Sapeurs-Pompiers camerounais est jeune, créé en 1986, et a connu une croissance rapide (de 750 à 2 400 personnels en dix ans). Sa doctrine opérationnelle est encore en construction. Sur le plan culturel, la notion de fatalité et le rapport à la nature et à la mort sont plus prégnants au Cameroun, ce qui peut influencer la perception des catastrophes. Cependant, le Lieutenant-colonel Stéphan, en tant que conseiller, s’efforce d’apporter son expérience et de proposer des solutions concrètes pour la protection des biens et des personnes, tout en respectant les racines culturelles du pays.
Pour les futurs coopérants, il insiste sur l’importance de l’adaptation, de la souplesse et de la patience. Il faut savoir écouter, poser des questions et s’adapter aux spécificités locales. Le métier de coopérant est « passionnant » pour quiconque aime transmettre son savoir et contribuer à la modernisation d’un pays ou d’une unité. Les échanges opérationnels et culturels sont d’une richesse incomparable, offrant une opportunité unique d’apprendre et de construire. Le Lieutenant-colonel Stéphan se dit un coopérant heureux, soutenu par des équipes efficaces au Cameroun et en France, notamment la DGSCD, la DCSD et le Ministère des Affaires étrangères, garantissant un chemin bien tracé pour la coopération défense sécurité internationale.
Références de l’épisode
- Personnes
- Stephan LEPOURIEL : Lieutenant-colonel, sapeur-pompier de Paris, coopérant militaire technique au Cameroun
- Jean-Raphaël DRAHI : Hôte du podcast « Coopération »
- Lieux
- Yaoundé, Cameroun
- Paris, France
- Europe
- Afrique
- Italie
- Hauts-de-Seine, France
- Afrique subsaharienne
Sommaire de l’épisode
- 01:04:12 – L’engagement du Lieutenant-colonel Stéphan au Cameroun
- 01:55:10 – Le parcours du Lieutenant-colonel Stéphan à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris
- 04:46:08 – La mission de coopérant militaire technique au Cameroun
- 07:54:15 – Le projet De Sautel et la modernisation de la protection civile camerounaise
- 09:29:00 – Le rôle crucial du Colonel Stephan dans la formation des personnels
- 13:29:19 – Défis et difficultés rencontrées sur le terrain
- 15:34:02 – Les grands projets à venir pour la protection civile camerounaise
- 18:24:20 – La place stratégique de la France dans la coopération de sécurité civile
- 20:19:23 – Différences opérationnelles et culturelles entre la France et le Cameroun
- 22:36:03 – L’importance de l’adaptation, la souplesse et la patience pour un coopérant
- 23:41:12 – L’apport de la coopération dans la carrière d’un sapeur-pompier
F.A.Q. de l’épisode
Quel est le rôle du Lieutenant-colonel Stéphan dans la coopération défense sécurité internationale France au Cameroun ?
Le Lieutenant-colonel Stéphan, sapeur-pompier de Paris, est coopérant militaire technique au Cameroun. Sa mission consiste à moderniser la protection civile camerounaise, rédiger des lois et décrets pour la gestion des crises, et soutenir les exportations françaises. Il est un pilier de la coopération défense sécurité internationale France en Afrique.
En quoi consiste le projet De Sautel pour la protection civile camerounaise ?
Le projet De Sautel est un déploiement de 227 véhicules d’intervention de sapeurs-pompiers, financé par le Trésor français à plus de 50 millions d’euros. Il vise à développer la réponse de protection civile, à implanter la Direction de la Protection Civile dans le paysage politique, et à faire de la protection civile un acteur majeur de la résilience au Cameroun.
Comment l’expertise française contribue-t-elle à la formation des sapeurs-pompiers au Cameroun ?
Le Lieutenant-colonel Stéphan, avec le soutien de la DCSD, coordonne des formations adaptées aux besoins du Corps National des Sapeurs-Pompiers camerounais. Plus de 500 stagiaires ont été formés sur des sujets comme l’utilisation des véhicules d’incendie, les techniques NRBC, la sécurité routière et la gestion des catastrophes, apportant une précieuse expertise française.
Quels défis majeurs sont rencontrés pour la protection civile camerounaise ?
Le principal défi est la pérennité et la préservation des compétences transmises. Les personnels du Corps National des Sapeurs-Pompiers du Cameroun, issus de différentes armées, peuvent être réaffectés à leur corps d’origine, ce qui rend difficile le maintien des connaissances acquises et nécessite une réorganisation des ressources humaines.
Quels sont les futurs projets de modernisation pour la protection civile au Cameroun ?
Parmi les projets à venir figurent le rétablissement d’un système de gestion des appels d’urgence (le 118), la mise en place d’une chaîne de maintenance et de soutien logistique pour assurer l’autonomie, le déploiement de moyens de défense extérieure contre l’incendie (citernes), et la finalisation du décret d’organisation du Corps National des Sapeurs-Pompiers.
Comment la France assure-t-elle la pérennité de ses investissements dans la coopération défense sécurité internationale au Cameroun ?
Pour assurer la pérennité, la France, via le projet De Sautel, encourage l’implantation d’une filiale de l’entreprise à Yaoundé. Cette filiale prendra en charge la maintenance, la garantie et la fourniture de pièces de rechange, assurant ainsi un accompagnement durable et la pleine utilisation des moyens déployés dans le cadre de la coopération défense sécurité internationale.
Quelles sont les spécificités culturelles rencontrées par le Lieutenant-colonel Stéphan en œuvrant pour la protection civile camerounaise ?
Le Lieutenant-colonel Stéphan a observé une notion de fatalité et un rapport à la nature et à la mort plus prégnants au Cameroun, influençant la perception des catastrophes. Il s’efforce de proposer des solutions concrètes pour la protection des biens et des personnes tout en respectant ces racines culturelles, en faisant preuve d’adaptation, de souplesse et de patience.