Le parcours d’un coopérant des troupes de marine
Dans ce nouvel épisode du podcast Coopération, Jean-Raphaël DRAHI reçoit le lieutenant-colonel Sébastien, coopérant militaire technique en poste à Mexico. Ancien des troupes de marine, son parcours l’a d’abord mené à Djibouti avant une première expérience de coopération au Togo, où il a été conseiller auprès du Centre d’entraînement aux opérations de maintien de la paix, puis auprès du chef d’état-major de l’armée de terre togolaise. Cette première mission a confirmé son intérêt pour le partenariat militaire opérationnel et l’a conduit, après un retour à Paris, à postuler pour une nouvelle affectation à l’international. C’est ainsi qu’il a rejoint le Mexique il y a deux ans pour œuvrer au sein du CECOPAM, le Centre d’entraînement conjoint aux opérations de maintien de la paix.
Former les militaires mexicains : une double mission au CECOPAM
La mission du lieutenant-colonel Sébastien au Mexique s’articule autour de deux volets principaux. Le premier, et le plus important, est d’apporter une expertise française dans la préparation d’une compagnie du génie mexicaine destinée à être déployée en opération de maintien de la paix. Le second volet concerne l’enseignement du français en milieu spécialisé. En tant qu’instructeur pour les cours ONU, il prépare les observateurs et les officiers d’état-major mexicains aux standards internationaux requis par les Nations unies. Cette formation des militaires mexicains aux Nations unies est spécifique car elle intègre des notions de droit international et des procédures communes à toutes les armées déployées, garantissant une interopérabilité et une efficacité maximales sur le terrain.
L’expertise française et la modernisation de l’enseignement du français
Au-delà des standards onusiens, le lieutenant-colonel Sébastien apporte ce que l’on pourrait appeler la « French touch ». Celle-ci repose sur la longue expérience de la France dans les opérations de maintien de la paix, notamment au Liban avec la FINUL, et sur la réputation du soldat français, rompu aux opérations et capable de couvrir un large spectre de missions, de la paix à la coercition. Cette polyvalence et cette réversibilité sont particulièrement appréciées par les partenaires mexicains. Un autre axe majeur de son action est la modernisation du cours de français, désormais axé sur des compétences directement exploitables en mission. En quinze jours, les stagiaires peuvent interagir avec une population francophone pour recueillir des renseignements ou des besoins. Ce succès a suscité l’intérêt d’autres pays de la région, comme la Colombie ou l’Équateur, illustrant l’impact de ce podcast coopération sécurité défense à l’échelle continentale.
Le CECOPAM, un centre de formation à vocation régionale
Créé en 2018, le CECOPAM est un centre relativement jeune qui a pour mission de former les contingents mexicains et ceux des pays voisins pour les missions de maintien de la paix, principalement la MINURSO au Sahara occidental ou d’autres missions en Afrique. Le centre accueille des militaires de l’armée de terre, de l’air et de la marine mexicaine, mais aussi des stagiaires venus de République dominicaine, du Brésil, d’Uruguay ou de Colombie. Le lieutenant-colonel Sébastien y occupe une place singulière : il est le seul instructeur étranger permanent et agit comme conseiller direct du chef de centre. Cette position privilégiée lui permet de proposer des évolutions, comme la refonte du stage de français ou le développement de nouveaux projets, tel qu’un stage de formation de formateurs en langue espagnole prévu pour 2026.
Défis et perspectives pour la coopération en Amérique latine
Interrogé par Jean-Raphaël DRAHI sur les bénéfices de cette coopération, le lieutenant-colonel Sébastien explique que pour la France, l’enjeu est de construire une relation de confiance avec un allié stratégique dans la région. Avoir des forces armées partenaires qui parlent le même langage procédural et avec qui une connaissance mutuelle existe est un atout majeur pour d’éventuels engagements conjoints. Le principal défi reste la persévérance dans le temps long, car ces projets nécessitent une mise en place et un suivi sur plusieurs années. Sur un plan plus personnel, cette immersion au sein d’une armée étrangère est une expérience d’une richesse immense, qui change profondément l’officier et sa famille. Il encourage d’ailleurs sans hésiter ceux qui envisagent cette voie à se lancer, soulignant la qualité de la formation et la satisfaction de représenter son pays tout en nouant des liens d’amitié durables.
Références de l’épisode
- Personnes
- Jean-Raphaël DRAHI : Hôte du podcast
- Sébastien : Lieutenant-colonel, coopérant militaire technique au Mexique
- Lieux
- Mexique (Mexico)
- France (Paris)
- Djibouti
- Togo
- Liban
- Colombie
- Équateur
- Brésil
- Sahara occidental
- Bosnie-Herzégovine
- Organisations et missions
- Direction de la Coopération de Sécurité et de Défense (DCSD)
- Organisation des Nations unies (ONU)
- CECOPAM (Centre d’entraînement conjoint aux opérations de maintien de la paix du Mexique)
- FINUL (Force Intérimaire des Nations Unies au Liban)
- MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental)
Sommaire de l’épisode
- 00:02:08 : Le parcours du LCL Sébastien et son arrivée au Mexique
- 00:03:19 : La double mission de coopérant : expertise ONU et enseignement du français
- 00:04:03 : La spécificité de la formation aux opérations de maintien de la paix
- 00:05:41 : L’expertise française et la « French touch » dans la formation
- 00:06:56 : La modernisation du programme de cours de français et son succès régional
- 00:08:18 : Les liens avec les autres centres de formation en Amérique latine
- 00:09:13 : Présentation du CECOPAM, le centre d’entraînement mexicain
- 00:10:40 : Le rôle de conseiller et d’instructeur du LCL Sébastien au sein du centre
- 00:15:49 : Les bénéfices mutuels de la coopération franco-mexicaine
- 00:16:22 : Les projets futurs : formation de formateurs et nouveau stage de français
- 00:17:30 : Le bilan personnel d’une mission de coopération internationale
F.A.Q. de l’épisode
Quel est le rôle d’un coopérant de la DCSD comme le lieutenant-colonel Sébastien au Mexique ?
En poste au CECOPAM à Mexico, le lieutenant-colonel Sébastien a une double mission : il apporte son expertise pour la préparation des unités mexicaines aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et il dispense des cours de français spécialisés pour ces missions.
En quoi consiste la formation des militaires mexicains aux Nations unies ?
Cette formation, basée sur les standards de l’ONU, prépare les militaires à intervenir dans un cadre international. Elle met l’accent sur le respect du droit, l’adoption de procédures communes à tous les contingents et la capacité à travailler dans un environnement multinational, des aspects clés pour le succès des missions.
Quelle est la valeur ajoutée de l’expertise française dans ce domaine ?
La France apporte son expérience de longue date dans les opérations de maintien de la paix, notamment au Liban. L’expertise française est aussi reconnue pour la polyvalence de ses soldats, capables de s’adapter à un large spectre de missions, ce qui est très apprécié par les armées partenaires.
Pourquoi l’enseignement du français est-il si important dans cette coopération sécurité défense ?
Le français est une langue officielle de l’ONU et est parlée dans de nombreuses zones de déploiement. Un cours modernisé permet aux militaires mexicains d’être rapidement opérationnels pour interagir avec des populations francophones lors de patrouilles ou de missions de renseignement, renforçant l’efficacité sur le terrain.
Le CECOPAM ne forme-t-il que des militaires mexicains ?
Non, le CECOPAM a une vocation régionale. Bien qu’il forme en priorité les forces armées mexicaines (terre, air, marine), le centre accueille régulièrement des stagiaires de pays voisins comme la République dominicaine, le Brésil, l’Uruguay ou la Colombie.
Quels sont les bénéfices de cette coopération pour la France ?
Pour la France, cette coopération permet de renforcer les liens avec un partenaire stratégique en Amérique latine. Elle favorise l’interopérabilité et la connaissance mutuelle entre les armées, ce qui est un atout majeur pour de futures opérations conjointes et pour le rayonnement de la politique étrangère française.