L’anticipation et le confinement : les heures avant le cyclone Chido
Dans cet épisode exceptionnel de Transmission(s), Jean-Raphaël Drahi reçoit le Colonel Benjamin Soubra, chef de corps du RSMA de Mayotte. Il revient sur les heures qui ont précédé l’arrivée du cyclone Chido le 14 décembre 2024. Le mercredi 11 décembre, alors que le régiment célébrait le Noël des enfants dans une ambiance festive, les premières alertes sérieuses sont tombées. Le Colonel Soubra a alors rassemblé ses troupes pour annoncer le passage à la phase de préparation. Cette étape cruciale a consisté à sécuriser les matériels, les véhicules et les infrastructures, tant pour le régiment que pour les foyers des cadres. Le vendredi soir, l’alerte rouge est déclarée, imposant un confinement strict. Le Colonel Soubra décrit une atmosphère étrange, un calme anormal de la nature, comme si l’île tout entière retenait son souffle avant le déchaînement des éléments.
Le choc du cyclone et la réaction immédiate du RSMA de Mayotte
Le samedi matin, entre 8h et 13h, le cyclone Chido frappe Mayotte avec une violence inouïe. Confiné avec 216 de ses cadres et volontaires dans les locaux les plus sécurisés du régiment, le Colonel Soubra a vécu la coupure progressive de toutes les communications et de l’électricité. Il décrit des scènes de chaos, avec des toits et des arbres arrachés, et des bâtiments inondés. Malgré le danger, il a fallu organiser des sorties pour repousser des intrusions dans l’enceinte du régiment. Face à la puissance de la nature, la seule stratégie était de subir en attendant que la tempête passe. Dès la première accalmie vers 13h, malgré l’absence de communications et les risques de pillage, le Colonel Soubra a donné l’ordre de se déployer. Les premières actions ont consisté à sécuriser le quartier, à vérifier l’état des familles des cadres et à reloger celles dont les maisons étaient détruites.
La réorganisation du régiment : une formation professionnelle au service de la population
Dès le dimanche, le RSMA a initié les premières interventions. Un des gestes les plus symboliques, raconte le Colonel Soubra, fut de redresser le mât des couleurs du régiment, qui avait été tordu par le cyclone. Le lundi matin, la cérémonie des couleurs a marqué un tournant : Mayotte et son régiment étaient pliés, mais debout. C’est à ce moment que l’organisation habituelle, centrée sur la formation professionnelle des jeunes d’Outre-mer, a été complètement revue. Le régiment a été restructuré non plus par filières, mais par « sections de communes ». Chaque groupe de jeunes volontaires a été déployé dans sa propre commune d’origine. Cette stratégie s’est avérée extrêmement efficace : étant chez eux, les jeunes Mahorais ont pu établir le contact avec les bonnes personnes, évaluer les besoins réels de leurs villages et guider les opérations de nettoyage et de déblaiement.
La résilience des jeunes Mahorais, un moteur pour la reconstruction
La force du dispositif du Service Militaire Adapté réside dans l’engagement de jeunes issus du territoire au service de ce même territoire. Dans les jours qui ont suivi le passage du RSMA de Mayotte face au cyclone Chido, les 500 volontaires qui avaient été renvoyés dans leurs familles sont progressivement revenus, une fois leurs proches en sécurité. Le régiment est alors entré dans une nouvelle phase : la distribution de vivres, d’eau et de produits de première nécessité. Au total, plus de 400 tonnes de produits ont été livrées par les jeunes du RSMA, représentant plus de 50% de l’aide acheminée par les forces armées. Le Colonel Soubra souligne un effet inattendu et positif de cette crise : elle a apaisé les tensions intercommunautaires, les jeunes de villages rivaux travaillant main dans la main sous le même uniforme. Cet événement a été une démonstration pratique des valeurs de cohésion et d’entraide inculquées au régiment.
Bilan et perspectives : le RSMA, un acteur clé du développement de Mayotte
Malgré une année 2024 marquée par de multiples crises, le bilan du RSMA de Mayotte est extrêmement positif. Le régiment a connu un recrutement record avec 675 volontaires stagiaires, et un taux d’insertion professionnelle formidable de 75%. Face à la démographie galopante de l’île, l’un des projets majeurs est la montée en puissance du régiment, avec la recherche d’un nouveau terrain dans le sud de l’île, notamment vers Chirongui, pour construire une compagnie supplémentaire. À plus court terme, le RSMA entend s’inscrire pleinement dans la reconstruction de Mayotte. Cela passe par la formation des jeunes aux métiers nécessaires, mais aussi par la mise en place de clauses d’insertion dans les grands chantiers et le développement de l’apprentissage. Pour le Colonel Soubra, il ne s’agit pas seulement de reconstruire, mais de profiter de cette épreuve pour développer Mayotte et révéler tout son potentiel.
Références de l’épisode
- Personnes
- Benjamin Soubra, Colonel, chef de corps du RSMA de Mayotte
- Jean-Raphaël Drahi, Hôte du podcast
- Lieux
- Mayotte
- Paris
- La Réunion
- Madagascar
- Canal du Mozambique
- Grande-Terre
- Combani
- Sada
- Mamoudzou
- Koungou
- Tsingoni
- Chirongui
Sommaire de l’épisode
- 00:09:10:00 – L’ambiance festive au régiment juste avant l’alerte au cyclone
- 00:11:14:20 – La phase de préparation et de confinement
- 00:13:36:12 – Le témoignage du passage violent du cyclone Chido
- 00:17:41:13 – Les premières interventions dès la première accalmie
- 00:22:05:18 – L’application du plan cyclone préétabli
- 00:24:52:17 – Relever le mât des couleurs, un symbole de résilience
- 00:25:31:16 – La réorganisation du régiment par sections de communes
- 00:26:33:12 – Rétablir la communication : le retour au système de l’estafette
- 00:33:34:06 – La phase de livraison d’aide humanitaire à la population
- 00:34:47:21 – Comment la crise a apaisé les tensions entre communautés
- 00:36:12:12 – Bilan de l’année 2024 et projets d’avenir pour le RSMA de Mayotte
- 00:42:06:05 – Les principaux enseignements tirés de la catastrophe
F.A.Q. de l’épisode
Comment le RSMA de Mayotte s’est-il préparé à l’arrivée du cyclone Chido ?
Le RSMA de Mayotte a activé son plan cyclone dès les premières alertes. Cela a inclus une phase de mise en sécurité des matériels, des véhicules et des infrastructures. Les cadres ont été invités à sécuriser leurs propres foyers et à faire des réserves. Enfin, une partie du personnel (216 cadres et volontaires) a été confinée dans les bâtiments les plus robustes du régiment pour être prête à intervenir dès la fin de l’alerte.
Quelle a été la première action symbolique du régiment après le passage du cyclone ?
L’un des premiers ordres du Colonel Benjamin Soubra, le dimanche suivant le cyclone, a été de faire redresser le mât des couleurs du régiment, qui avait été plié par la force du vent. La cérémonie des couleurs organisée le lundi matin visait à montrer que, malgré les dégâts, le régiment et Mayotte étaient toujours « debout ».
Comment la formation professionnelle des jeunes d’Outre-mer a-t-elle été appliquée durant la crise du cyclone Chido à Mayotte ?
La crise a transformé la mission du RSMA. L’organisation habituelle par filières de formation a été suspendue et remplacée par une structure opérationnelle. Les jeunes volontaires ont été regroupés par sections correspondant à leurs communes d’origine. Cette réorganisation a permis d’utiliser leur connaissance du terrain pour guider efficacement les secours, évaluer les besoins et aider directement leurs propres communautés.
Comment le RSMA a-t-il surmonté la panne totale des communications ?
Face à la coupure des réseaux téléphoniques et internet, le régiment a utilisé ses propres moyens radio sur de courtes distances (2-3 km). Pour les communications à plus longue distance, ils sont revenus à une méthode militaire traditionnelle : le système de l’estafette. Une section en reconnaissance envoyait un messager en véhicule pour transmettre des informations et recevoir de nouveaux ordres.
Quel a été le rôle des jeunes volontaires mahorais dans les opérations de secours après le cyclone Chido ?
Les jeunes volontaires du RSMA de Mayotte ont été au cœur des opérations. Ils ont d’abord été déployés dans leurs propres villages pour évaluer les dégâts et aider à la reconstruction. Par la suite, ils ont massivement participé à la distribution de l’aide humanitaire, acheminant plus de 400 tonnes de vivres et d’eau, soit plus de 50% de l’aide totale distribuée par les forces armées sur l’île.
Quel bilan le Colonel Soubra tire-t-il de cette épreuve pour la jeunesse mahoraise ?
Le Colonel Soubra met en avant l’incroyable résilience de la jeunesse mahoraise. Il souligne comment les jeunes volontaires, après une phase de sidération, se sont immédiatement mobilisés pour aider leurs familles et leurs communautés. Il cite en exemple les nouvelles recrues qui se sont présentées au régiment pour leur incorporation en pleine alerte rouge, montrant une volonté sans faille de s’en sortir et d’aller de l’avant.